Monographie de la province de Kratié

RÉSUMÉ DU LIVRE
La province de Krâchéh, appelée à tort Kratié par les Français, correspond à une ancienne entité indigène et à une circonscription administrative coloniale d’environ 35 000 km², établie sur les deux rives du Mékong. Son territoire, entièrement inclus dans le bassin du fleuve, présente des paysages contrastés entre plaines, forêts claires, collines et nombreux bras navigables. Les communications reposent surtout sur la navigation fluviale, le réseau routier restant limité. Le climat alterne fortes chaleurs en saison sèche et atmosphère plus tempérée durant les pluies, avec une salubrité jugée globalement bonne le long du fleuve. La province est divisée en plusieurs districts, dont Thbaung-Khmoum, Sting-Trâng, Chhlaung et Kanhchor, aux profils démographiques, agricoles et administratifs très inégaux. La population, majoritairement cambodgienne, comprend aussi des minorités cham, annamites, chinoises, ainsi que des groupes pnongs et stiéngs. L’économie repose sur la riziculture, le coton, l’exploitation forestière, la pêche et des cultures de jardins loués à l’État. Le régime foncier n’institue pas de propriété privée au sens européen, mais des droits d’occupation transmissibles, complétés par des locations annuelles sur les terres publiques. L’absence de cadastre rend les statistiques incertaines, malgré une production rizicole estimée à environ 12 000 tonnes. Les forêts sont exploitées de manière intensive et les pêcheries constituent une ressource fiscale importante. L’implantation européenne demeure très limitée, avec peu de concessions viables et une population française très réduite. La région possède un passé ancien, illustré par de nombreux vestiges et inscriptions, notamment autour de Sämbaur, identifiée à l’ancienne Çambupura, centre important dès l’Antiquité et lié très tôt au bouddhisme. Dévastée au XIXe siècle par les invasions siamoises, puis marquée par des déplacements de population, la province connaît ensuite des troubles liés à des rébellions et à l’instauration progressive de l’administration française à partir de 1884. Les décennies suivantes sont ponctuées de soulèvements, de réorganisations territoriales et d’opérations militaires, jusqu’à une pacification relative au début du XXe siècle, accompagnée d’un renforcement administratif, du développement des services et des premières initiatives scolaires.