La lèpre au Cambodge

RÉSUMÉ DU LIVRE
L’étude se présente comme une mise au point critique fondée sur l’observation directe et la géographie médicale, destinée à corriger des interprétations jugées fragiles concernant la lèpre au Cambodge. Sans prétendre à l’exhaustivité ni à une théorie nouvelle, elle rassemble des faits montrant que la lèpre n’est ni une maladie du sol, ni du climat, ni des races primitives, mais une affection infectieuse strictement humaine, liée au bacille de Hansen et transmise par des contacts prolongés. Les analyses historiques et ethnographiques indiquent que la lèpre n’a pas existé de tout temps au Cambodge : elle a été importée par des migrations venues principalement d’Inde, puis diffusée par les conquêtes, les échanges commerciaux et religieux, touchant d’abord les populations de la plaine avant d’atteindre plus tardivement certains groupes autochtones. L’évolution de la maladie apparaît contrastée selon les régions. Dans le vieux noyau cambodgien, la lèpre est ancienne, endémique et relativement stationnaire, avec une population estimée à environ 1 100 lépreux malgré les lacunes du recensement. En revanche, chez les populations périphériques issues des autochtones, notamment certains groupes khas, la lèpre est récente, en expansion et parfois quasi épidémique, ce qui traduit une introduction nouvelle dans un milieu jusque-là indemne. L’étude du village de Thméa montre de manière précise que l’apparition d’un foyer suppose l’introduction initiale d’un lépreux et que la diffusion se fait lentement par la promiscuité familiale et villageoise, excluant l’hérédité comme cause première. Enfin, l’ouvrage démontre que la fréquence de la lèpre ne dépend pas de la densité absolue de population, mais de la densité réelle des contacts, en particulier de la promiscuité domestique et villageoise. Les échecs de l’isolement systématique, illustrés par l’expérience coûteuse et peu efficace de la léproserie de Troeng, conduisent à rejeter les politiques d’enfermement général. L’auteur préconise plutôt une stratégie fondée sur l’enquête sanitaire rigoureuse, le contrôle des déplacements, l’isolement limité des vagabonds, et surtout l’amélioration progressive de l’hygiène et des conditions de vie, seules mesures capables de réduire durablement la propagation de la lèpre.