Recherches sur les Cambodgiens
RÉSUMÉ DU LIVRE
L’ensemble de l’ouvrage s’appuie sur une lecture critique des sources disponibles pour l’ancien Cambodge, en soulignant leurs limites mais aussi leur complémentarité. Les inscriptions, nombreuses à partir du VIIᵉ siècle, restent le plus souvent administratives ou dédicatoires et ne permettent pas, à elles seules, de reconstituer une histoire continue. En revanche, l’architecture, les temples, les bas-reliefs et les vestiges matériels constituent une source incomparable pour comprendre la vie sociale, économique, artistique et religieuse des Khmers anciens. L’abondance de ces témoignages, encore partiellement inexploitée, révèle une civilisation dense, organisée et profondément créatrice.
À travers l’étude de la culture matérielle, des techniques, des arts, de l’alimentation, du commerce, de la guerre, des transports ou de la vie religieuse, se dessine une société remarquablement stable dans ses formes fondamentales. De nombreux usages, objets et pratiques observés dans les monuments se prolongent jusqu’à l’époque moderne, témoignant d’une continuité culturelle exceptionnelle. L’art khmer apparaît ainsi moins comme une succession de ruptures que comme un long processus d’assimilation et de transformation, capable d’intégrer des influences étrangères — indiennes, chinoises, puis régionales — sans jamais perdre sa cohérence ni son identité propre.
Cette lecture conduit à réviser des interprétations longtemps admises. L’influence indienne, notamment brahmanique, n’est ni fondatrice ni exclusive, mais s’exerce sur un fond culturel déjà constitué, tandis que le bouddhisme se révèle plus ancien et plus structurant qu’on ne l’a souvent reconnu. L’influence chinoise, continue et profonde, joue un rôle majeur dans les techniques, le commerce et certains arts. Loin d’un art disparu ou dégénéré, la civilisation khmère se présente comme un ensemble ancien, original et vivant, dont les formes contemporaines sont les héritières transformées d’un génie propre, enrichi mais jamais effacé par les apports extérieurs.