Angkor et le Cambodge au XVI° siècle
RÉSUMÉ DU LIVRE
Après 1431, la royauté khmère se déplace loin d’Angkor, tandis que le Cambodge, affaibli et privé d’une continuité épigraphique, entre dans une histoire difficile à reconstituer. La trame est reconstruite par recoupements entre chroniques tardives cambodgiennes, annales siamoises, textes chinois et, dès le XVIe siècle, récits portugais et espagnols : rivalités de succession, rois emmenés au Siam, reconquêtes ponctuelles, et basculement des centres politiques entre Srei Santhor, Lovêk et Phnom Penh, avec Angkor relégué mais jamais totalement effacé.
Au XVIe siècle, Ang Chan rétablit l’autorité royale après l’usurpation de Kan, fortifie Lovêk et exploite le contexte des guerres siamo-birmanes. Ses successeurs poursuivent cette politique tout en renouant avec Angkor : restaurations, inscriptions et consécrations signalent dès les années 1550 un regain autour d’Angkor Vat, puis, sous Sâtha, une réappropriation symbolique plus nette, jusqu’au retour temporaire de la cour près des ruines. La chute de Lovêk en janvier 1594 sous Preah Nareth marque un tournant : fuite de Sâtha au Laos (mort en 1596), domination siamoise accrue et insertion d’acteurs européens (missionnaires, aventuriers) dont les interventions, souvent violentes, échouent politiquement mais produisent des récits décisifs pour la connaissance de la fin du siècle et la première diffusion occidentale d’Angkor.
Les sources européennes du XVIe–début XVIIe siècle décrivent Angkor Thom et Angkor Vat en s’appuyant sur des observations directes, mais avec reprises, embellissements et erreurs ; l’analyse comparative retient Couto comme le témoin le plus solide, les autres textes servant surtout au recoupement et à la propagation d’une image légendaire. Angkor Thom apparaît comme une ville carrée à enceinte, douves et portes monumentales reliées par des chaussées aux géants tirant des nâga ; l’attention se concentre sur le Bayon et le Palais royal, ce qui reflète un défrichement partiel et l’abandon d’autres secteurs. Angkor Vat, en revanche, est décrit avec précision (douves, chaussée, galeries sculptées, tours), perçu comme sanctuaire bouddhique et souvent interprété comme sépulture royale ; les noms anciens rapportés montrent la continuité des appellations et leur évolution vers Angkor Thom et Angkor Vat. Enfin, l’explication du déclin insiste sur la dépendance d’Angkor à un réseau hydraulique complexe : sa désorganisation, combinée aux conflits et aux déséquilibres techniques, aurait accéléré l’abandon, tandis qu’entre XVIIe et XIXe siècle Angkor Vat reste vivant comme lieu de pèlerinage avant la « redécouverte » occidentale du XIXe siècle qui ouvre l’ère des études modernes.