L'Indochine avec les Français
RÉSUMÉ DU LIVRE
L’auteur critique l’improvisation française en Indochine : faute de connaître réellement le pays, on a multiplié les traités et les systèmes contradictoires, tantôt séparant Tonkin et Annam, tantôt rêvant d’annexion ou d’union, tantôt oscillant entre ingérence totale et retrait. De ces hésitations naissent l’instabilité, la reprise de la piraterie, l’effondrement des finances et l’inquiétude des populations. Il affirme qu’une ligne constante aurait donné de meilleurs résultats, à condition de comprendre la société annamite, ses mœurs, ses croyances et ses intérêts, car une domination n’est légitime que si elle apporte un progrès matériel, intellectuel et moral, utile à la fois à la France et aux peuples soumis.
Sur ce fond, il défend l’unité profonde de l’Annamite du Nord au Sud : mêmes rizières, mêmes digues, mêmes villages de bambous, même langue, mêmes usages et même culte des ancêtres, avec la petite propriété et la commune comme base sociale. Les différences d’impôt tiennent aux terroirs, non à des « races », et l’histoire longue, les dynasties, les légendes et la littérature populaire cimentent cette continuité. Cette nation homogène est décrite comme une force d’expansion lente mais obstinée vers le sud, grignotant le Tsiampa puis débordant vers d’autres régions, tandis que le sol s’accroît par les alluvions et que les rois utilisent pionniers, déclassés ou condamnés pour fonder des villages-frontières qui finissent par annexer les provinces.
Le texte dresse ensuite le portrait d’une civilisation façonnée par le fleuve et la rizière : paysannerie dense, sobre, patiente, attachée à la petite propriété, maisons ordonnées autour de l’autel des ancêtres, respect de la vieillesse, et croyances souples dont le cœur est le lien familial avec les morts. De là découlent institutions et politique : village solidaire, notables choisis par réputation, État confié à des lettrés formés longtemps, administration méritocratique par examens, pouvoir royal encadré par rites et opinion. L’auteur voit dans l’école confucéenne un pilier moral qui forme moins des esprits originaux que des hommes vertueux et sociaux, et il invite le Protectorat à respecter ces fondations, à travailler avec les mandarins plutôt qu’à les humilier, à éviter l’assimilation brutale, et à gouverner avec justice, langue, budgets clairs et attention aux paysans.
Enfin, il décrit les crises qui ont précédé l’intervention française : fermeture économique traditionnelle, puis anarchie tonkinoise des années 1880, bandes armées, piraterie, campagnes détruites, famines et brigandage. Malgré des erreurs françaises, il attribue au Protectorat des progrès concrets : sécurité accrue, perception régulière des impôts, remise en culture, digues restaurées, infrastructures, essor commercial. Il propose une stratégie de longue durée : consolider l’ordre, contrôler frontières, améliorer police et prospérité, et orienter la poussée démographique annamite vers des régions à peupler, pour concilier intérêts français et stabilité locale. À côté de ces analyses, les chapitres descriptifs sur Hué, Hanoï, Thai-ha et Saïgon montrent, par contrastes, une royauté humiliée mais digne, une société vivante et complexe, et une œuvre coloniale urbaine et économique que les Français eux-mêmes méconnaissent souvent, notamment à Saïgon, présentée comme une capitale moderne née des marécages, animée, cosmopolite et emblématique de la capacité créatrice française.